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lundi 22 avril 2019

Des changements qui bouleversent.

En 2017, lors du dépôt du projet de loi 144 sur l'éducation à domicile, j'ai écrit un article (La vie et tout ce qu'elle contient) qui expliquait ce qu'était notre vie sans école et notre cheminement pour y arriver. Ce texte a été partagé dans un mémoire qui a été remis au gouvernement de l'époque afin d'aider à établir les règles qui seraient appliquées. Finalement, l'an dernier, le parti libéral a mis en place un règlement.

Ce règlement qui est entré en vigueur le 1er juillet 2018, stipule que nous devons déclarer nos intentions de faire l'éducation à la maison pour chacun de nos enfants. En plus, nous devons préparer un projet d'apprentissage qui englobe le français, une autre langue, les mathématiques, la science et la technologie, les arts, le développement de la personne et l'univers social. Nous devons ensuite faire le suivi et un bilan de mi-parcours. Finalement, nous préparons le bilan de fin d'année et faisons le suivi des apprentissages de l'année, qui pour notre famille se fait par portfolio.

C'est beaucoup d'obligations, mais pour garder notre liberté éducative, nous avons accepté ces règles.

Le 27 mars dernier, le gouvernement de la CAQ, entré au pouvoir à l'automne, via le ministre de l'éducation, Jean-François Roberge, a déposé un projet de règlement qui viendra tout changer. Mes enfants devront suivre à la lettre le programme scolaire québécois en plus de faire les examens ministériels.

Il est hors de question que l'on accepte ça!

Nous avons le droit de choisir la forme d'éducation que nous souhaitons pour nos enfants. Nous avons choisi la liberté d'apprendre à notre rythme et à celui de nos enfants. Nous avons choisi la liberté de nos connaissances.

Afin d'expliquer au ministre notre refus d'imposer à nos enfants et à notre famille une quelconque obligation de suivi du cursus scolaire québécois et d'évaluation, nous avons écrit une lettre qui a été envoyée au bureau du ministre. Je partage cette lettre ici. Pour que vous sachiez que nous avons le devoir de nous opposer à ce qui ne fait pas de sens. Pour que notre voix soit entendue.

Je partage surtout parce que mes enfants sont le plus important et qu'il mérite que l'on se batte pour eux, quoi qu'il arrive et quoi que cela implique.

De plus, nous avons fait une plainte au Protecteur du citoyen pour que les recommandations déjà faites par le passé soient respectées. Je vous invite à en faire autant. Pour votre famille, pour vos enfants. Nous avons le devoir de nous exprimer.

Le gouvernement n'a ni le mandat ni le droit de dicter SES lois et de les imposer. Nous devons nous tenir droit et rester fort... Pour le futur, pour l'avenir, pour la liberté!


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Le 20 avril 2019



Monsieur Jean-François Roberge
Ministre de l’éducation
Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec
1035, rue De La Chevrotière, 16ème étage
Québec, Québec G1R 5A5


Monsieur,

C’est avec énormément de tristesse, d’inquiétude et d’incompréhension que nous vous écrivons aujourd’hui. Nous devons avouer que c’est aussi avec un sentiment de colère face à une décision qui a un impact si important sur nos vies, et celles de nos enfants. Une décision que vous avez prise sans nous consulter, nous et toutes les familles faisant l’éducation à la maison, et que vous prenez selon vos intérêts sans tenir compte des besoins et des valeurs de ces familles.

Nous avons pris connaissance du projet de règlement modifiant le Règlement sur l’enseignement à la maison (Loi sur l’instruction publique, chapitre 1-13.3) qui a été déposé le 27 mars dernier et qui changera radicalement notre cheminement familial. Ce projet de règlement, s’il est accepté comme tel, qui modifiera le quotidien de milliers d’enfants.

Nous ne remettons pas en cause votre désir de permettre à tous les enfants québécois d’avoir accès à la même éducation, qu’elle soit à la maison ou en milieu scolaire. Bien au contraire, c’est un désir que nous avons aussi. Pour notre famille, cela implique d’ailleurs que nous devons suivre les indications déjà mises en place et qui rendent obligatoires les matières suivantes :
  • Français
  • Autre langue
  • Mathématique
  • Science et technologie
  • Arts
  • Développement de la personne
  • Univers social
Nous sommes conscients que le règlement actuel concernant l’éducation à la maison n’a pas été voté par votre parti. Nous avons écouté les débats à l’Assemblée nationale l’an dernier. Nous vous avons entendu exprimer vos volontés par rapport à ce qui devrait être nécessaire et obligatoire. Nous comprenons que vous soyez contrarié et que vous désiriez maintenant modifier le règlement selon vos désirs. Mais pourquoi ne pas attendre de voir les changements apportés? Pourquoi vouloir changer les règles avant même de constater les résultats? De quoi avez-vous si peur?

Nous acceptons qu’un suivi des apprentissages soit fait de façon à s’assurer que chaque enfant progresse et puisse s’améliorer. Nous nous sommes ainsi engagés à faire les projets d’apprentissages, les bilans et suivis et les portfolios pour nos quatre enfants à chaque année.

Par contre, nous refusons de vous octroyer le droit de choisir pour notre famille, pour nos enfant, de ce qui doit être appris et dans quel ordre. Nous refusons de nous soumettre à une éducation obligatoire et ordonnée. C’est avec force que nous nous opposons aux examens obligatoires que vous désirez nous imposer. Nous ne pouvons accepter que les connaissances de nos enfants ne se résument qu’à des chiffres sur un bout de papier qui n’évalueront que la capacité de nos enfants de se souvenir de certaines données à un certain moment dans le temps. Parce que soyons honnêtes, les examens obligent d’abord et avant tout à étudier pour répondre à des questions. Il est tout à fait faux de prétendre que les examens évaluent réellement le degré de compréhension ou la capacité d’un enfant à élaborer sur un sujet.

Comment juger des connaissances réelles? Que fait-on de tout ce qui est acquis en dehors du cadre rigide d’une matière? Où situer le cheminement d’un enfant par rapport à ses besoins personnels et sa capacité de comprendre? Pourquoi obliger les enfants à apprendre dans un ordre établi en fonction de leur âge ou d’un groupe? Que faites-vous du rythme naturel et de la curiosité des enfants?

L’éducation à la maison habite notre famille depuis dix ans. Dix belles années où la liberté d’apprendre (Et de vivre) a été vécue avec bonheur, joie et amour. Dix années où nous avons voyagé, vécu dans une autre province, parlé d’autres langues. Dix années où nous avons appris plus grand que tous les livres, où nous avons exploré plus loin que tous les guides et où nous avons vécu plus intensément que toutes les salles de classe. Dix années riches de tout ce que la vie contient de plus beau. Dix années où nos enfant ont eu le droit d'être des enfants.

Nous ne voulons pas que nos enfants soient le reflet de ce que VOUS désirez d’eux. Nous ne voulons pas que nos enfants deviennent VOTRE reflet. Non pas que ce reflet soit mauvais, mais bien parce que nous souhaitons que nos enfants soient ce qu’ils sont en eux-mêmes et qu’ils deviennent ce en quoi ils croient. Nous désirons que nos enfants puissent penser, apprendre et vivre selon leurs désirs et leurs envies.

Nous désirons que nos enfants restent libres et que cette liberté continue de les habiter pour toute leur vie.

Devrons-nous quitter le Québec? Peut-être cette décision vous laisserait-elle indifférent. Mais sachez que pour nous elle impliquerait que nous devrions vendre notre maison, que nous devrions nous éloigner de nos amis, de nos familles et de la vie que nous avions bâtie, que nous devrions changer d’emploi et que nous devrions rebâtir là où nous n’avons pas de repères. Sachez que vous déracineriez nos enfants. Comment pourriez-vous nous regarder partir par votre faute? Pourquoi désirez-vous autant que nous soyons semblables ou identiques?

Le Québec nous rendait fiers de son identité unique, forte et différente. Rien ne ressemble au Québec. Ne sommes-nous pas une société distincte? Maintenant, c’est avec dédain que nous regardons notre belle province devenir vide et perdre ce qui la rendait si unique.

N’allez pas croire que nos paroles soient dites en l’air. Nos convictions et notre dévouement par rapport à l’éducation de nos enfants seront plus forts que notre peur : OUI, nous partirons si vous persistez à nous imposer ce règlement même si ce n'est pas ce que nous désirons.

Nous continuons de souhaiter et d’attendre que vous preniez le temps de réfléchir aux raisons qui vous poussent à vouloir ce projet de règlement. Bien sûr, il faut protéger les enfants de l’endoctrinement religieux. Nous le désirons autant que vous. Mais ne nous mettez pas tous ensembles. Notre famille et bien d’autres avons choisi l’éducation à la maison pour la liberté éducative qu’elle procure, pour la liberté de vie qu’elle permet et pour la liberté d’être qu’elle offre. Venez nous rencontrer, dans notre univers, pour que vous constatiez vous-mêmes la beauté d'une éducation différente, que vous puissiez voir à quel point nos enfants sont brillants, passionnés et heureux.

Dans l’attente d’un changement, nous espérons que vous prendrez le temps d’entendre la voix de nos enfants afin qu’ils grandissent dans un monde où ils pourront être et devenir qui ils sont. Un monde où ils seront entendus.


Nathalie, André, Jonathan, Johanna, Nayten et Keanan

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